NAGY, Péter Tibor :

Elites canonisées au XIXème et XXème siècles

-         ou comment construire une base de donnée relative aux élites ?

Dans le domaine des recherches socio-historiques fort nombreuses sont les études dont les auteurs ont tenté de définir le terme d’élite (pour une révision de cette littérature cf. Simon, 2006; Hartmann, 2006; Scott, 1990). Sans se livrer à des réflexions théoriques plus approfondies, nous pouvons d’emblée constater que de nombreuses définitions identifient celle-ci avec l’élite au pouvoir, à savoir avec les personnes dont les décisions peuvent avoir des conséquences considérables sur la vie de l’ensemble des gens (qui ne font pas partie de l’élite), tandis que d’autres auteurs étendent cette notion à toutes les personnes qui sont connues voire considérées comme importantes au sein d’un secteur ou champs social particulier, de mÃme que ceux qui y exercent un rôle déterminant (cf. en particulier : Aron, 1950; Bottomore, 1993; Clifford – Vaughan, 1980; Dahl, 1961; Dornhoff – Dye, 1987;  Giddens, 1974; Pareto, 1972). Sans procéder à des justifications complémentaires, nous pouvons affirmer dès maintenant que lors des recherches menées en commun avec Victor Karady[1] nous utilisons ce terme conformément à cette acception élargie qui englobe tous les sous-champs sociaux.

 

Délimiter une par une les élites des différents sous-champs

 

Si les auteurs de certaines études historiographiques écrites du XIXème siècle avaient déjà pour ambition de présenter de façon systématique les personnalités qu’ils considéraient comme les plus importantes au sein de telle ou telle institution étudiée (professeurs, magistrats, etc.), les recherches historiques sur les élites se distinguent de l’historiographie traditionnelle entre autres par un effort visant à éliminer le caractère aléatoire des décisions prises par les chercheurs en vue de séparer les personnalités importantes des personnes non importantes.  

 

Riches en résultats, les recherches historiques sur les élites de Hongrie (dont ont peut notamment mentionner  : Bukodi, 1998; Gergely, 1992; Hadas, 2000; Hajdú, 1996 et 1997; Huszár, 1993; Kovács I., 2001; Lengyel, 1994 et 1995; Müller, 1996; S. Nagy, 2001; Szakály, 1998; Szelényi, 1996; Takács, 1998) avaient toutes opté pour une logique consistant à déterminer champ par champ ou secteur par secteur les critères de l’appartenance aux élites. Ces définitions retiennent toujours comme critère l’accès à une position d’élite spécifique au sous-champ considéré, par exemple l’accès au statut de membre de l’Académie des Sciences, à celui de professeur d’université, de colonel,  voire de PDG d’une société anonyme.

 

Lorsque l’on procÀde  ainsi deux problèmes subsistent toutefois: (1) Premièrement ce mode de sélection accorde une très grande importance aux préférences contemporaines qui avaient pu prévaloir au sein de tel ou tel groupe, de même qu’aux querelles de personnes. Ainsi par exemple si nous prenons une décision selon laquelle l’élite scientifique hongroise correspond au cercle des membres de l’Académie des Sciences ainsi qu’´ celui des professeurs d’université, des personnalités de grande envergure seront exclues de cette élite (par exemple les sociologues de mouvance radicale du début du XXème siècle), tandis que d’autres personnes tout à fait insignifiantes y figureront. Par ailleurs, la mise à l’écart de certaines personnalités peut résulter non seulement de l’approche ou du paradigme auquel nous avons nous avons eu recours, mais aussi de certains déterminants socio-économiques. Ainsi par exemple, tout en ayant les mêmes mérites professionnels, les scientifiques d’origine juive – qu’ ils aient été de confession israélite ou qu’ils se soient convertis au christianisme – avaient de toute façon moins de chance de devenir professeur d’université ou membre de l’Académie des Sciences que leurs condisciples nés chrétiens. Si l’on décide d’étudier les élites à partir des différents groupes professionnels, il est fort probable que nous serons en mesure d'identifier les institutions contemporaines (par exemple dans le cas des sociologues radicaux ci-dessus mentionnés l’Académie Vörösmarty) censées compenser les décisions prises par les instances officielles. Toutefois, en optant pour une telle démarche on peut facilement buter sur une circonstance historique tout à fait accidentelle dõe au fait qu’en tant que chercheurs en sciences sociales nous serons certainement suffisamment informés du mode d’organisation des scientifiques « officiels » ou « en opposition » de l’époque, et sur la base de ces connaissances nous serons en mesure de choisir les indicateurs permettant de bien cerner tel ou tel groupe. Par contre, il est beaucoup moins sûr que nous ayons des connaissances adéquates concernant les instances qui avaient regroupé par exemple les grands entrepreneurs ou les chercheurs spécialisés dans les sciences naturelles. Cela nous rappelle le serpent qui se mord la queue : si au départ nous avons pu espérer ´ juste titre que par le biais de nos investigations socio-historiques systématiques nous contribuerons au progrÀs scientifique, force est de constater que la qualité de notre échantillon est largement tributaire du degré de maturité des recherches historiographiques menées dans tel ou tel domaine...

 

(2) Un second problème de taille surgit si nous essayons de reconstituer l’élite à partir des sous-élites en raison du fait que nous devons prendre des décisions au sujet de l’importance numérique des personnes qui seront prises en compte lors de l’étude des personnalités situées aux sommets des différentes professions. En tant que sociologues, pouvons-nous nous octroyer légitimement le droit de décider combien de personnes devrons- nous prendre en considération parmi les représentants des différentes professions (p. ex. les cancérologues, les danseurs professionnels, les maires, etc.) qui avaient été préalablement classés en fonction de leur importance (et ceci, espérons-le, selon des critères objectifs)? Pouvons-nous prétendre à juste titre que tel maire est plus important que tel danseur? Ou bien,  au cas où nous décidions que la liste des élites devrait comporter 100 maires parmi les 1000 maires classés en fonction de leur importance, comment déterminerons-nous le nombre des personnalités ´ prendre en compte dans le cas des 1000 danseurs classés de la mÃme maniÀre? Admettons que nous décidons d’inclure dans l’élite tous les membres de l’Académie des Science, dans ce cas-l´ comment allons-nous désigner les cercles d’artistes dont les membres seront également tous classés parmi l’élite ? En effet, lorsque nous modifions au sein de l’élite le poids des différents groupes, de telles décisions résulteront d’importantes modifications au niveau de la composition ethnique ou confessionnelle de l’ensemble de l’élite, étant donné que celle-ci varie selon les professions. Bien évidemment, dans ce cas non plus il n’est pas possible de faire abstraction du fait que le chercheur en sciences sociales classera tout naturellement parmi l’élite un plus grand nombre de personnes issues de groupes qu’il connaît bien, et ceci bien sûr au détriment des personnalités qui font partie de cercles qu’il connaît moins bien. Qui plus est, ces effets pervers peuvent se produire d’une façon apparemment tout à fait objective : en effet, dÀs que nous constaterons que l’on n’a pas pris en considération des personnes que nous connaissons, nous élaborerons tout naturellement des règles complémentaires censées corriger ce problème, par contre dans les cas où nous n’aurons constaté aucune erreur, nous continuerons d’appliquer les règles de sélection initialement prévues...

 

Il va de soi que nombreux sont les domaines à propos desquelles rien ne nous incite à compléter les règles, et même en demandant l’avis des spécialistes de tel ou tel sous-champ nous ne pourrons pas remédier à ce problème. En effet, nous ne pourrons jamais échapper à la décision qui consiste à déterminer quels sont les domaines qui sont dotés d’une telle autonomie que dans leur cas il faudra absolument recourir à des spécialistes, de même, c’est nous qui devrons décider combien de personnalités supplémentaires pourront inscrire les spécialistes sur leur liste censée corriger notre liste initiale conçue en vue d’inventorier les membres de l’élite. Au cas où l’on ne fixe aucune limite, conformément au principe selon lequel « la gratuité des biens génère une demande illimitée », les spécialistes – qui agiront bien-sõr conformément à leurs valeurs et intérêts – auront tous tendance à faire figurer sur la liste répertoriant les membres de l’élite toutes les personnalités qu’ils connaissent. Mais comme le nombre total des personnes pouvant être inscrites sur la liste a déjà été préalablement fixé, on assistera inévitablement à des « processus de marchandage » dont le déroulement dépendra au moins autant de la place qu’occupe tel ou tel spécialiste au sein du champ scientifique que des arguments qu’ils formulera au sujet des cas concrets.

 

Délimiter l’élite en fonction des savoirs canonisés – les manuels scolaires et les usuels

 

Pour étudier les élites il existe une autre approche selon laquelle l’élite se compose des personnes faisant partie du savoir canonisé, à savoir du cercle des gens qui selon un savoir canonisé sont considérées comme des personnalités connues ou comme des personnes que l’on devrait connaître. Il serait tentant de considérer les livres scolaires comme des documents de premiÀre importance témoignant du savoir canonisé. Certes, les manuels – surtout dans le cas des systèmes scolaires fortement contrôlés – véhiculent un savoir standard, ou plutôt standardisé. Cependant maintes réserves peuvent être formulées à cet égard. Notons en premier lieu que les manuels d’enseignement supérieur – en raison du fait que les universités humboldiennes n’étaient nullement censées publier de tels ouvrages – ne pourraient nous livrer des informations qu’au sujet des décennies post-humboldiennes, à savoir pour les dernières années, ainsi il nous serait impossible de procéder à des comparaisons longitudinales. Resteraient donc les manuels destinés à l’enseignement secondaire.

 

La standardisation des manuels scolaires est assurée – à toutes les époques – par les autorités étatiques ou ecclésiastiques, et de façon plus générale, par des instances professionnelles. Leurs jugements concernant les personnes qui ne devraient pas figurer dans les publications destinées à l’instruction de la jeunesse répondent à des considérations fonctionnelles spéciales et reflètent une constellation particulières d’idéaux. En effet, le savoir canonisé en fonction de considérations pédagogiques ou de considérations déduites de la morale religieuse ne constitue pas forcément une variante en miniature du savoir canonisé des adultes, et par conséquent il ne correspond même pas au savoir canonisé des personnes qui avaient conçu les manuels scolaires auxquels nous avons affaire. En réalité, dans les livres scolaires on ne retrouve que des hommes et des femmes qui sont considérées par leurs auteurs comme des personnes pouvant servir soit comme des exemples soit comme des repoussoirs du point de vue de leur « projet éducatif ». Notons aussi que tout en étant élaborés selon une logique disciplinaire, les manuels accordent relativement peu de place aux scientifiques proprement dits. Au cas où cela s’avÀre nécessaire, les auteurs, les éditeurs et les lecteurs des manuels de chimie ou de physique, au lieu de toucher aux passages censés présenter les lois scientifiques formulées selon le paradigme du moment, sacrifient beaucoup plus volontiers les passages portant sur le contexte socio-historique ou les protagonistes de telle ou telle découverte. Signalons également qu’aucune matière scolaire ne traite des sciences technologiques et médicales, ainsi il n’existe pas de manuels scolaires qui correspondraient à ces domaines et qui pourraient Ãtre étudiés. Notons aussi que si durant certaines périodes on peut voir augmenter à l’intérieur du cursus scolaire le nombre des cours d’éducation physique, le temps supplémentaire n‘est jamais utilisé en vue d’enseigner des connaissances théoriques qui seraient par exemple liés ´ l’histoire canonisée du sport. Pour ce qui est des manuels employés dans le domaine de l’enseignement de la littérature et des arts, notons qu’à l’intérieur de ceux-ci on rencontre pêle-mêle et à des quantités variables des approches historiques et structurelles, ce dont il résulte qu’il serait particulièrement difficile de procéder à la comparaison et des manuels scolaires et des savoirs canonisés qui caractérisent telle ou telle époque.

 

Certes, les manuels d’histoire constituent des sources de premier ordre lorsqu’il s’agit l’étudier les connaissances canonisées.[2] Mais comme ces livres scolaires ne reflètent pas uniquement ces dernières, mais constituent aussi des documents con¸us en vue de présenter le savoir historique canonisé relatif à des thèmes politiques majeurs, tels que l’indépendance ou l’identité nationale, les « héros historiques » ayant été autrefois canonisés risquent beaucoup moins d’Ãtre évincés des manuels que les savants. Notre tâche risque d’être également compliqué par le fait que les conceptions relatives au rôle des manuels d’histoire peuvent varier. En effet, il est fort probable que l’on retrouvera un moins grand nombre de personnalités dans des manuels scolaires qui se rattachent à des époques ou à de courants de pensée qui conçoivent les livres scolaires comme des magasins ou réserves censés renfermer toutes les connaissances canonisées que devront retenir les élèves et dont l’acquisition pourra faire l’objet de contrôle que dans les livres scolaires correspondants à des époques ou à des courants de pensée qui font la distinction entre les savoirs obligatoires et les connaissances facultatives et qui ont plutôt tendance à considérer les livres scolaires comme des livres de lecture ou comme des recueils contenant des sources historiques proposées aux élèves... De plus, l’enseignement de l’histoire est souvent influencé par différents courants professionnels qui – mÃme sils sont tantôt idéologiquement proche de la gauche, tantôt d’obédience de droite – ont tous pour point commun de vouloir limiter le nombre des personnalités dont le nom doit être retenu, et ceci en vue de remplacer l’historie des personnalités par celle des masses ou celle des modes de vie. Cependant même s’il s’agit du cas de figure premièrement évoqué, on est bien obligé de constater que le nombre des personnes « canonisées » au sujet de telle ou telle époque est n’importe comment largement insuffisant pour que l’on puisse soumettre les populations ainsi délimitées à une analyse sociologique qui porterait sur la trajectoire de vie ou le recrutement des personnalités répertoriées.

 

La troisième approche pouvant être utilisée lors  de l’étude des élites consiste à recourir aux différents usuels scientifiques qui avaient été systématiquement élaborés au XIXème et XXème siècles, et ceci au point que désormais ceux-ci couvrent tous les champs ou domaines scientifiques au sein desquels peuvent se recruter les membres potentiels de l’élite. Plusieurs objections peuvent être formulées au sujet de l’utilisation de ces dictionnaires ou usuels. Premièrement, avant de s’en servir, il faudrait pouvoir analyser – conformément au programme fort de Bloor – dans quelle mesure l’élaboration de ces ouvrages a pu être conditionnée par des intérêts spécifiques, et ce n’est qu’après s’est livré à un tel exercice que l’on pourra se faire une idée des considérations en fonction desquelles avait été autrefois établie la liste des personnalités qui figurent dans telle ou telle oeuvre de synthèse. La seconde objection est liée au fait que ces usuels ont été élaborés conformément à la logique immanente de chaque discipline. Ainsi, les dictionnaires des sciences naturelles reconstituent fort souvent l’histoire des disciplines à reculons, ce dont il résulte que les savants dont les positions étaient proches des paradigmes actuellement en vigueur ont droit à plus de place dans ces panthéons de l’histoire scientifique, tandis que les savants qui avaient eu recours autrefois ´ des paradigmes similaires ´ ceux que l’on considÀre de nos jours comme erronés occupent moins de place. Et puis il faut aussi tenir compte du fait que ces usuels sont de volume très inégal – ce qui s’explique essentiellement par la place occupée au sein du champ de l’histoire de sciences par les chercheurs de telle ou telle discipline – et en raison de ces inégalités il est fort difficile de procéder à des comparaisons entre les différents domaines scientifiques. Une quatrième difficulté résulte du fait qu’en raison des particularités de l’évolution des différentes disciplines, l’élaboration des usuels standards correspondant aux domaines en question a pu être envisagée à des époques différentes, ce qui rend également difficile les comparaisons. Notons à ce titre que les positions occupées par l’Institut d’Histoire de l’Académie des Sciences de Hongrie au sein du champ des historiens a rendu possible que soient édités durant les années 1970-1980 plusieurs tomes qui portaient sur l’histoire de la Hongrie entre 1790 et 1945 et dont le volume total était de 6000 pages, et ceci malgré le fait qu’à peine une décennie plus tôt, au début des années 1960 avait déjà vu le jour une série d’ouvrages de synthèse qui avait porté sur la même période. A la mÃme époque, l’Institut d’Histoire Littéraire de l’Académie des Sciences n’a pu seulement obtenir que l’on réédite à plusieurs reprises et sans aucune modification un grand ouvrage de synthèse rédigé au début des années soixante. Par contre, cette institution n’était pas suffisamment influante à l’époque pour pouvoir obtenir des autorités qu’une nouvelle narrative de l’histoire littéraire hongroise puisse être élaborée sous son égide. Signalons également que dans bien des cas les grands ouvrages de synthèse sont caractérisés par l’absence de certains chapitres qui les rendraient complets du point de vue théorique, c’est-à-dire du point de vue de logique inhérente de l’ouvrage en question. Ainsi l’oeuvre de synthèse ci-dessus mentionnée ne fut jamais complétée de tomes qui auraient porté sur les périodes postérieures à 1945, et ceci non pas en raison du fait que les historiens de l’Académie des Sciences n’auraient pas pu formuler leur vision relative à cette époque, mais parce que les rapports de force idéologiques des années 1970-1980 auraient rendu impossible que des historiens inféodés au parti communiste publient leur ouvrage en bénéficiant de la légitimation de la plus haute instance académique du pays, tout comme il eut été impensable qu’un volume insistant sur la continuité entre la période stalinienne et l’Àre Kádár puisse bénéficier d’une pareille caution...

 

Délimiter l’élite en fonction des savoirs canonisés – les dictionnaires et les encyclopédies

 

Selon une autre hypothèse, ce sont les encyclopédies emblématiques qui reflètent le mieux les jugements de valeur des différentes époques concernant l’importance de telle ou telle personnalité. Lors de notre recherche nous avons finalement opté pour cette approche. En effet, lorsqu’il s’agit de sélectionner ceux qui mériteront une entrée dans le dictionnaire, les rédacteurs des encyclopédies ne peuvent jamais être aussi partiaux qu’une académie ou un gouvernement voire une université. Cette méthode a aussi pour avantage que grâce à elle les différents secteurs ou sous-champs deviennent commensurables, ou du moins, le nombre des personnalités retenues parmi les personnes faisant partie des différents sous-champs ne dépend pas des décisions subjectives du chercheur.

 

Il reste cependant un grand problème à trancher – du moins dans le cas des pays où plusieurs dictionnaires encyclopédiques ont été édités depuis l’avènement de l’époque moderne – lequel des ouvrages en question doit-il être considéré comme celui qui représente le mieux les savoirs canonisés.

 

Avant de prendre notre décision, la premiÀre chose ´ considérer c’est la nature des dictionnaires étudiés. Lorsqu’il s’agit de dictionnaires calqués sur le modèle de l’Encyclopedica Britannica caractérisé par la prédominance des entrées longues à caractère synthétique, figurer dans un article traitant d’un domaine scientifique ou d’un domaine d’activité spécial peut être aussi important que de mériter une entrée autonome dans un autre type de dictionnaire. Dans le cas des dictionnaires du type Larousse, en raison du fait qu’une grande partie de la surface disponible au sein cet ouvrage est consacrée aux explications lexicographiques, lorsque l’on compare la place occupée par les différentes personnalités, force est de constater que la surface réservée à celles-ci est nécessairement limitée. Par contre, dans le cas des dictionnaires du type Meyers prédominent les entrées courtes ne contenant pas beaucoup d’explications lexicographiques, ce qui favorise beaucoup qu’un grand nombre d’entrées soient consacrées aux personnes. Les traditions hongroises en matière de dictionnaire se rattachent essentiellement à cette dernière tradition, nonobstant qu’à partir des années 1980 on a aussi pu assister à la parution du Larousse Hongrois (Magyar Larousse) et aussi de la variante hongroise de l’Encyclopedica Britannica (Britannica Hungarica). Afin d’éviter toutes complications imputables ´ l’apparition sur le marché hongrois des ouvrages derniÀrement cités, nous avons décidé qu’en construisant de notre base de données relative aux élites nous allons uniquement recourir à des dictionnaires du type Meyers.

 

La question suivante est de savoir est-ce que le dictionnaire contient exclusivement des noms propres ou s’agit-il d’un dictionnaire universel. Dans ce dernier cas les entrées consacrées aux personnes sont nécessairement en relation de concurrence avec « l’ensemble des connaissances humaines »  au sein duquel les notions ainsi que les termes désignants les différentes matières, de mÃme que les noms géographiques occupent une très grande place. Ainsi par exemple dans les anciens grands dictionnaires hongrois figurent toutes les communes de Hongrie dont le nombre total était d’environ 13.000, ce chiffre correspondant en gros au nombre total des entrées consacrées aux personnes. Finalement nous avons décidé d’utiliser chacun des deux types de dictionnaires mentionnés, et ceci notamment en raison du fait qu’avant 1945 aucun dictionnaire biographique à caractère historique n’a été publié en Hongrie.

 

On doit aussi se poser la question : dans quelle mesure tel ou tel dictionnaire est-il partial à l’égard des contemporains. Ce problème ne doit pas être étudié d’un point de vue substantiel, puisque toutes les entrées figurant dans des dictionnaires sont nécessairement caractérisées par une certaine partialité, mais il s’agit simplement d’étudier les décisions rédactionnelles censées délimiter le cercle des personnalités qui auront une entrée au sein de l’ouvrage. Il va de soi, que le plus grand nombre de personnalités contemporaines figurent dans les who’s who élaborés spécialement à cette fin, c’est-à-dire en vue de renseigner les lecteurs sur leurs contemporains. Les dictionnaires universels adoptent nécessairement une posture beaucoup plus critique dans la mesure où les rédacteurs de ceux-ci doivent comparer le poids des contemporains non seulement au savoir canonisé relatif à l’histoire universelle, mais aussi au poids des personnalités ayant joué un rôle important dans l’histoire nationale souvent millénaire. Bien sûr, il est impossible de bien s’acquitter de cette tâche, ne serait-ce qu’en raison du fait que la liste des personnalités ayant joué un rôle public important durant le XIIIème siècle et dont le nom nous est parvenu est nécessairement beaucoup plus courte que celle qui contiendrait le nom de toutes personnalités contemporaines au sujet desquelles les rédacteurs d’un dictionnaire doivent se poser la question, faut-il ou non leur consacrer une entrée. Il est encore plus difficile de procéder à une comparaison quand on a affaire à la génération qui précède immédiatement celle des contemporains. En effet, dans ce cas il faut prendre à la fois deux décisions : en procédant à un réexamen du savoir canonisé figurant dans le précédent dictionnaire il faut choisir les personnalités que l’on souhaiterait exclure, et parallèlement à cela il faut aussi désigner parmi nos contemporains les personnes qui les remplaceront. Dans le cas des volumes supplémentaires des dictionnaires universels on a affaire à des phénomènes fort curieux. D’une part on peut constater des efforts visant à réinsérer dans le dictionnaire certains éléments des connaissances canonisées qui avaient été inutilement exclus lors de l’élaboration de la version initiale du dictionnaire ou qui étaient les victimes d’un simple oubli : ceci faisant les rédacteurs essayent d’amoindrir le poids des critiques qui émanent le plus souvent des milieux scientifiques ou de personnalités détentrices d’une culture classique ou historique. D’autre part on peut aussi constater que les tomes supplémentaires des dictionnaires sont en quelque sorte des dictionnaires des contemporains puisque ces volumes contiennent une proportion particulièrement élevée de personnes ayant acquis une certaine notoriété tout à fait récemment.[3] Ce phénomène peut avoir plusieurs explications : en premier lieu on peut imaginer que certaines personnes avaient exprimé des critiques au sujet de l’absence de telles ou telles personnalités contemporaines, on peut aussi supposer que dans le cas de ce genre d’ouvrages les auteurs et les rédacteurs ne se sentent pas liés par la tâche oppressante qui consiste à présenter aux lecteurs « l’ensemble des connaissances humaines ». Signalons enfin – mais non en dernier lieu – qu’il est tout à fait légitime de penser que les personnes figurant dans un dictionnaire achèteront plus volontiers ces volumes, voire l’ensemble de la collection... Pour ce qui est des dictionnaires biographiques contenant uniquement des personnes décédées, on pourrait penser que ceux-ci sont par définition moins partiaux à l’égard des contemporains. Cependant force est de constater que plus on s’approche de la date d’édition d’un ouvrage, plus élevée est le nombre des personnalités considérées comme importantes : ainsi par exemple dans le cas du Dictionnaire Biographique Hongrois (Magyar Életrajzi Lexikon) édité à la fin des années 1960, le nombre des personnes décédées durant les années soixante est bien supérieur que celui des personnalités mortes durant les années quarante ou cinquante. Déjà à partir de ce seul fait il est légitime de penser que les rédacteurs ont tendance à être partiaux à l’égard de leurs contemporains ou des personnes situées à mi-chemin entre leur propre génération et la précédente génération. Et si l’on met à part les personnalités qui n’ont pas eu droit à une mort naturelle, cette partialité des rédacteurs est encore plus manifeste. Cette derniÀre est notamment imputable au fait que les membres des élites culturelles et scientifiques – puisque les Juifs étaient sur-représentés parmi eux – ont été très fortement touchées par l’Holocauste. Par contre, si l‘on considère l’ensemble des élites hongroises, on constate que les pertes de celles-ci étaient proportionnellement inférieures à celles qu’avaient subies durant la même période l’ensemble de la population à la suite des différents faits de guerre (décès de personnes enrôlées dans l’armée, pertes survenues chez les prisonniers de guerre, décès liés au déplacement du front sur le territoire du pays). Bien que le mouvement de résistance antifasciste hongrois ait été de faible ampleur, une très grande partie des victimes militaires et civiles de celui-ci ont eu droit à une entrée dans ce dictionnaire, justement en raison du fait qu’ils sont devenus des martyres en 1944-1945. Il est aussi à noter que nombreux furent les hommes politiques jugés en tant que criminels de guerre qui ont été pendus en 1945 ou 1946 (dont des ministres et premiers ministres qui ont naturellement leur place dans le dictionnaire). Ayant frappé les personnes en question à des âges plus précoces que l’âge moyen de mortalité observé chez les groupes sociaux correspondants, les nombreux décès non naturels recensés à la fin des années 1940 et au début des années 1950 peuvent être attribués aux exécutions survenues à la suite de procès fabriqués, et aussi aux mauvaises conditions de détention des personnes emprisonnées, de même qu’au fait que les personnes déplacées de force vivaient dans de très mauvaises de conditions et ne pouvaient pas bénéficier de soins médicaux satisfaisants. Les élites étaient moins touchées par les décès non naturels survenus en octobre et novembre 1956 : en effet, dans le dictionnaire biographique on ne trouve que deux ou trois personnes qui auraient eu droit à une entrée indépendamment du rôle qu’ils avaient joué en 1956 et aussi indépendamment du fait qu’ils sont devenus les victimes de combats. Par contre, certains hommes politiques de moindre importance, voire des militaires ou de policiers de rang inférieur[4] ont été introduits dans ce dictionnaire édité en 1969 : en effet, ces personnes avaient été intégrées dans le corpus des connaissances politiques canonisées en raison de leur décès non naturel survenu pendant la révolution de 1956. Certes, le dictionnaire ne s’est pas fixé comme objectif de commémorer les victimes de la répression survenue en 1957-58, mais il eut été également impossible de bannir tout simplement du dictionnaire certaines personnalités importantes (parmi eux des ministres et même le premier ministre) qui pour d’autres raisons auraient également mérité une entrée.[5] Ainsi les exécutions et les décès survenus en prison expliquent en parti pourquoi au sein du dictionnaire le nombre des personnes décédées en 1956, 1957 et 1958 est respectivement plus élevé que celui des personnes mortes en 1954, 1955 et 1959. Excepté certains suicides motivés par des raisons politiques, les années 1960 n’étaient plus marquées par des décès non naturels. Malgré cela le nombre des personnes décédées durant les années 1960 et ayant leur propre entrée dans le dictionnaire est fort élevé. L’exemple du dictionnaire biographique montre donc bien que même les ouvrages qui prétendent présenter uniquement des carrières déjà terminées avaient une attitude partiale à l’égard des personnalités que l’on pourrait presque considérer comme des contemporains. 

 

Il est aussi important d’examiner si la rédaction de tel ou tel dictionnaire a procédé ou non à une sélection quelconque, ou au contraire, elle a plutôt opté pour une représentation « exhaustive » d’un groupe donné. Certains dictionnaires se sont fixés des objectifs irréalistes, tel était par exemple le cas d’un dictionnaire qui devait présenter tous les auteurs hongrois. Certes, l’ouvrage intitulé « Vie et travaux des écrivains hongrois » (Magyar írók élete és munkái) lancé d’abord par József Szinyei, puis repris par Pál Gulyás, était d’emblée vouée à l’échec, mais il faut reconnaître qu’il s’agissait de quantités colossales en ce qui concerne le nombre des entrées, et ceci surtout si l’on tient compte du fait que cette entreprise a débuté avant la grande explosion de la presse qui ne se produira qu’au début du XXème siècle. En 1890 Színyei avait écrit les phrases suivantes au sujet de la nécessité de limiter ses ambitions : « Comme j’ai du compter avec le temps et la place disponibles, je n’ai pas pu intégrer dans mon dictionnaire tous les auteurs, c’est-à-dire toutes les personnes dont les oeuvres ont été publiées dans le passé. Je me suis donc efforcé à n’écarter que ceux qui en raison du fait qu’ils n‘étaient encore que des débutants ne devraient être mentionnés qu’ultérieurement ainsi que ceux qui jusqu’à maintenant n’apparaissent que comme des personnes tout à fait insignifiantes. Cependant dans le cas des auteurs des siècles passés, même ce dernier type de personnes n’a pas pu être écarté. Ainsi, pour ce qui est de la lettre « A » , bien que j’eusse des notes concernant 1112 écrivains, finalement je n’en ai retenu que 527. » Par contre, d’autres dictionnaires qui se sont fixés des objectifs plus limités ont pu finalement atteindre leurs buts : en effet, ces ouvrages, au lieu de présenter l’ensemble des acteurs d’un secteur donné se sont contentés d’inclure uniquement les personnalités qui avaient atteint un certain niveau dans tel ou tel domaine. C’est le cas par exemple du dictionnaire des personnes ayant reçu le prix Kossuth[6], tout comme celui des usuels ou almanachs censés présenter les parlementaires ou les membres de l’Académie des Sciences. Par ailleurs, d’un certain point de vue, même les dictionnaires généraux peuvent être considérés comme des ouvrages ayant atteint l’objectif de présenter l’ensemble des personnalités d’un sous-groupe donné : ainsi par exemple, tous les premiers ministres figurent dans ce genre d’ouvrage.[7]

 

Tandis que les rédacteurs de certaines encyclopédies se recrutent au niveau national, dans d’autres cas la sélection des personnes qui auront droit à une entrée dans le dictionnaire dépend en grande partie de personnes appartenant à un groupe particulier qui peut aussi bien Ãtre un groupe régional, confessionnel, professionnel voire corporatif . Lors de la sélection des dictionnaires étudiés, excepté deux cas qui seront présentés ci-dessous, nous avons essayé de choisir des dictionnaires dont la rédaction s’est recrutée au niveau national et a fonctionné de façon ´ pouvoir exclure que la sélection des entrées ait pu se faire en fonction de préférences confessionnelles, ethniques ou régionales. Cependant il va de soi que lorsque les membres de telle ou telle rédaction devaient prendre des décisions concernant les personnes qui auront leur entrée dans le dictionnaire, excepté le cas des personnalités les plus importantes, le fait de se sentir proche de la personne en question du point de vue confessionnel, ethnique ou régional pouvait réellement influencer les prises de positions de chacun, de mÃme que pouvait se poser la question, est-ce que telle ou telle ville ou département est suffisamment bien représenté parmi les entrées du dictionnaire.[8]

 

Une fois avoir pris en considération les critères présentés, nous avons procédé au choix des dictionnaires en fonction de certains paramètres qui concernent d’une part les « entrées » (c’est-´-dire les facteurs qui ont pu influencer l’élaboration de l’ouvrage), et d’autre part les « sorties » (c’est ´ dire les éléments relatifs ´ l’impact de l’ouvrage en question). Parmi les paramètres relatifs aux « entrées » nous pouvons mentionner notamment les suivants : dispose-t-on de connaissances relatives à la genèse du dictionnaire; quelle était l’importance des investissements mobilisés en vue de publier l’ouvrage en question; quelle place occupaient les rédacteurs du dictionnaire au sein du champ scientifique, etc. Et puis en ce qui concerne les « sorties » d’un dictionnaire, notons simplement que malgré toutes les « injustices » commises ´ l’égard de ceux qui avaient été exclus du dictionnaire, et aussi malgré l’insertion injustifiée personnalités publiques dont il s’avérera ultérieurement qu’elles étaient des personnes insignifiantes, le seul fait d’avoir du succÀs auprÀs des classes moyennes constitue pour nous une garantie suffisante pour pouvoir affirmer que les personnes figurant dans le dictionnaire sont des personnes connues ou méritant dÃtre connus.

 

Les dictionnaires et encyclopédies réellement étudiés

 

Le premier grand dictionnaire intéressant est le « Dictionnaire Hongrois »[9] (Magyar Lexikon) qui a été publié durant la première partie des années 1880. Finalement, nous n’avons pas pris en compte cet ouvrage en raison du fait que dès sa parution les contemporains ont formulé maintes critiques selon lesquelles il n’était pas clair quels points de vue ou goûts qui avaient prévalu lors de la sélection des entrées du dictionnaire.

 

Aux yeux de maintes personnes, le « Grand Dictionnaire Pallas » (Pallas Nagylexikon), cet ouvrage monumental des années 1890 est resté pendant cent ans le meilleur grand dictionnaire hongrois.[10] Deux « entrées » et trois types de « sorties » témoignent du fait que d’après les contemporains cette oeuvre renfermait des connaissances valables et présentait une image correcte des élites. Parmi les « entrées », mentionnons en premier lieu le fait que l’élite scientifique contemporaine était bien représentée au sein de la rédaction du dictionnaire. Notons également que beaucoup plus d’argent a été dépensé en vue d’éditer cette oeuvre que pour l’élaboration de n’importe quel autre dictionnaire précédent, et qu’il s’agissait d’une collection particulièrement dense puisqu’elle était composée de 16 grands tomes, ce qui constituait un volume jamais atteint auparavant. Parmi les trois « sorties » témoignant du fait que ce dictionnaire a joui d’une forte reconnaissance sociale mentionnons en premier lieu le fait qu’à l’époque cette collection a été vendue ´ 22.000 exemplaires: ainsi parmi les chefs de famille titulaires du baccalauréat un sur dix avait cette encyclopédie dans sa bibliothÀque. Notons également qu’une forte demande pour le Dictionnaire Pallas a été constatée sur le marché une fois que la publication du Dictionnaire Révai, de cette collection ultérieurement lancée a été entravée. Signalons enfin que dans les années 1990 c’est le dictionnaire Pallas qui a été la premiÀre encyclopédie proposée sur le marché hongrois sous forme digitalisée.

 

C’est ´ partir du Grand Dictionnaire Révai que l’on peut se faire une idée d’une nouvelle génération des élites hongroises, de celle qui apparaÐtra sur la scÀne publique au début du vingtiÀme siÀcle.[11] Quant aux volumes supplémentaires du Grand Dictionnaire Révai, publiés durant les années vingt et trente, ils nous présentent notamment les nouveaux membres de l’élite qui avaient fait leur apparition durant les années 1910, une période particuliÀrement propice aux activités politiques liées aux minorités nationales. Ces volumes témoignent aussi des trajectoires parcourues par les membres d’une élite qui a été divisée en plusieurs sous-groupes ´ la suite du Traité de Trianon.[12] En ce qui concerne les points forts des dictionnaires Révai, du côté des « entrées », mentionnons d’abord l’immense trésor intellectuel accumulé au sein de l’encyclopédie Pallas qui avait constitué à l’époque l’une des plus importantes entreprises culturelles de la Hongrie : en effet, les frères Révai avaient racheté tous les avoirs intellectuels de ce dictionnaire. Notons également que la rédaction du dictionnaire Révai a su autant mobiliser l’élite scientifique comme ce fut déj´ le cas lors de la l’élaboration du dictionnaire Pallas. Pour ce qui est des « sorties », à savoir les indices concernant la réception de ce dictionnaire, signalons en premier lieu qu’avant la première guerre mondiale cette collection avait 26.000 abonnés. Rien ne pourrait mieux témoigner du degré de satisfaction des abonnés qu’à un moment où l’éditeur, craignant de ne pas pouvoir mener à bien son entreprise a proposé aux 26.000 abonnés de racheter tous les exemplaires vendus, seules 150 personnes ont voulu bénéficier de cette possibilité. Jusqu’en 1949 ce dictionnaire était considéré pour ainsi dire officiellement comme Le dictionnaire, et ceci malgré le fait que pendant l’entre-deux-guerres plusieurs séries complètes de grandes encyclopédies avaient été publiées, par exemple les dictionnaires encyclopédiques portant le nom de « Dante » ou de « Gutenberg » et surtout le Dictionnaire des Temps Nouveaux (Új Idõk Lexikona) dont la publication s’est poursuivie même pendant la Seconde Guerre Mondiale. Le dictionnaire Révai est resté jusqu’au milieu des années 1990 la principale référence des classes moyennes, notamment en raison du fait que le Nouveau Dictionnaire Hongrois (Új Magyar Lexikon) publié au début des années 1960, cette encyclopédie basée sur les recherches scientifiques des années cinquante était non seulement beaucoup moins volumineuse, mais était aussi conçu dans d’un esprit dogmatique, comme cela a été reconnu au bout de quelques années même par les tenants de la pensée marxiste. Après le changement de régime qui a constitué une période particulièrement propice pour les éditions en fac-similé le dictionnaire Révai a été réédité de cette fa¸on, et depuis les années 1990 il est également disponible sous forme digitalisée. Notons également qu’après le changement de régime c’est sous le titre de Nouveau Dictionnaire Révai (Révai Új Lexikona) qu’on a jugé opportun de lancer la première grande collection encyclopédique – en effet, ce nom a pu ´ lui seul conférer une certaine notoriété à cette publication.[13]

 

En construisant notre base de donnée, outre les deux anciens dictionnaires généraux, nous avons également pris en compte deux dictionnaires conçus en fonction de critères spécifiques. D’une part, nous avons eu recours à l’Almanach Chrétien de la Vie Publique Hongroise (Keresztény Magyar Közéleti Almanach) édité en deux volumes. Publié en 1939, cet ouvrage, qui constitue en quelque sorte un dictionnaire des contemporains[14] est une source fondamentale non seulement lorsqu’il s’agit d’étudier la période de l’entre-deux-guerres, mais aussi pour l’étude les décennies d’avant 1918. Et cela est vrai même si cet usuel a exclu de son champ d’intérêt une partie importante de l’élite en raison du fait qu’au moment de sa publication la seconde loi anti-juive était déjà en vigueur. Une seconde oeuvre, le Dictionnaire Juif (Zsidó Lexikon) permet de compléter de manière particulière le cercle des personnes prises en compte de la cadre de notre recherche. En effet, ayant été publié en 1929, cet ouvrage offre non seulement un panorama extraordinairement vaste des personnalités contemporaines de religion juive ou converties au christianisme, mais constitue également une importante source pour la période de l’Empire austro-hongrois.[15]

 

Même si au cours de leur vie ou durant les décennies postérieures à leur décès certaines personnalités n’ont pas fait leur entrée dans les dictionnaires, il va de soi qu’il ne faudrait pas non plus les oublier au cas où  – une fois que le bilan de l’Histoire ait été dressé – celles-ci se seraient avérées être des personnalités importantes. Dans un premier temps nous avons pensé que le rôle de dresser le bilan de l’histoire pourrait être confié d’une part au Dictionnaire Biographique Hongrois (Magyar Életrajzi Lexikon)[16], à cet ouvrage qui a constitué peut-être le dictionnaire le moins partial de l’Àre Kádár, et d’autre part aux volumes supplémentaires de ce dictionnaire qui avaient été édité après le changement de régime sous le même titre.

 

Ces volumes ont cependant un défaut inhérent au fait que le Dictionnaire Biographique Hongrois avait pour principe de sélection que seules les personnes décédées y pouvaient figurer. Cela pouvait en effet entraîner le risque que certaines personnalités ne figureront pas dans notre base de donnée. Tel pouvait être par exemple le cas des personnes nées entre 1900 et 1910 qui avaient pu exercer un rôle publique important durant la première partie des années 1940. En effet, au cas où durant la premiÀre ou seconde partie des années 1930 ces personnalités n’avaient pas encore eu une carriÀre assez brillante qui leur aurait permis de faire leur entrée dans les dictionnaires contemporains, tandis qu’en 1991 ils étaient toujours en vie, ils pouvaient nullement figurer dans le second volume supplémentaire du dictionnaire biographique étant donné qui celui-ci ne portait que sur des personnes décédées avant 1992. En ce qui concerne les personnalités nées entre 1910 et 1970 on serait mÃme tenté d’employer une formule opposée selon laquelle seules les personnes frappées d’une mort précoce pouvaient figurer dans le Dictionnaire Biographique Hongrois.

 

Afin de corriger ce problème – et aussi en vue de renforcer dans nos travaux le poids de ce que l’on pourrait appeler « le bilan historique » – nous avons également inséré dans notre base de données les personnes figurant dans le Grand Dictionnaire Hongrois (Magyar Nagylexikon) édité pendant la dernière décennie du XXème siècle ainsi que durant les premières années du troisième millénaire. Nous avons procédé ainsi parce que cette collection permettait de compléter de fa¸on heureuse le cercle des personnes figurant dans le Dictionnaire Biographique Hongrois, et ceci pour deux raisons : d’une part, des personnalités vivantes y pouvaient également figurer, d’autre part cette collection reflÀte bien et les jugements de valeur de l’historiographie contemporaine et les estimations de cette dernière concernant l’importance de telle ou telle personnalité.

 

Dans le cas du Dictionnaire Biographique Hongrois il faut aussi tenir compte du fait que par rapport à leur réel poids historique ou social, cet ouvrage présente une plus grande proportion de personnalités liées au mouvement ouvrier, surtout en ce qui concerne le parti communiste illégal, qui au moment où il était le plus influent pendant l’entre-deux-guerres ne comptait aux mieux que quelques centaines d’adhérents. Mais ce dictionnaire était également très accueillant envers les l’élite social-démocrate ou syndicale dont les membres, excepté leurs principaux dirigeants étaient absents des dictionnaires contemporains, tandis qu’au sein de ces derniers figurent en grand nombre les députés parlementaires de la droite qui ultérieurement se sont avérés être des personnalités insignifiantes. Il s’agit là d’une situation – plutôt exceptionnelle – puisque l’on peut faire une meilleure idée d’un sous-groupe particulier des élites en recourant à un dictionnaire ultérieurement publié qu’en feuilletant les dictionnaires contemporains. Tout cela montre qu’il est conseillé de procéder ´ une étude séparée des élites du mouvement ouvrier.

 

Certes, nous n’avons pas voulu élargir le cercle des personnes étudiées aux personnalités  qui figurent dans les dictionnaires Gulyás ou Szinyei,[17] mais dans le cas des personnes incluses dans notre échantillon nous avons puisé des informations complémentaires dans ces dictionnaires aussi, et nous avons procédé de la mÀme fa¸on dans le cas des informations contenues dans les éditions de 1996 et de 2002 du Who’s who hongrois (Ki kicsoda?).

 

C’est au cours des années suivantes que nous allons procéder à l’étude détaillée de notre base de données[18] relative aux élites des XIXème et XXème siècles[19] qui comporte 25.000 personnes et qui a été construite en fonction des principes ci-dessus présentés.

 

 

 

 

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Utrecht: ICS.

 



[1] La recherche a été menée avec le soutien du Fond National de la Recherche Scientifique (Országos Tudományos Kutatási Alapprogram) et du Programme National de Recherche et de Développement (Nemzeti Kutatási Fejlesztési Terv).

[2]Pour étudier les savoirs canonisés de l’Àre Kádár nous disposons d’une excellente source que constitue un usuel dont le manuscrit a été clos en octobre 1989 et qui étudie les noms propres figurant dans les manuels d’histoire utilisés dans les écoles fondamentales et dans les lycées. Who’s who des manuels d’histoire (Ki kicsoda a történelemben ?,  Ottó Szabolcs, Géza Závodszky (dir.), Editions Laude, Budapest, 1990

[3]Cette observation est basée sur l’étude de plusieurs dictionnaires, tandis que nos calculs ont été effectués ´ partir des volumes supplémentaires du Dictionnaire Révai  et du Grand Dictionnaire Hongrois.

[4]Plus précisément, il s’agit de simples recrus incorporés dans les rangs de l’Office de la Sécurité de l’Etat, l’équivalent hongrois de la NKVD/KGB soviétique. 

[5]Edité en 1990, le volume supplémentaire du dictionnaire biographique a remédié à cette lacune, ainsi dans notre liste relative aux membres de l’élite, parmi les personnes classées dans cette catégorie uniquement en raison de leur décès non naturel survenu en 1956, figurent les victimes des deux côtés... 

[6] Entre 1948 et 1990 ce prix constituait la plus haute distinction censée récompenser des mérites scientifiques, artistiques et économiques, etc.

[7]Excepté le cas où un dictionnaire refuse de consacrer des entrées ´ des personnes vivantes.

[8] Ce sont certains collaborateurs du Dictionnaire Biographique Hongrois (Magyar Életrajzi Lexikon) qui nous ont personnellement confirmé que de telles discussions avaient eu lieu au sein de la rédaction.

[9]Elaboré sous la direction de Ede Somogyi , ce dictionnaire de 12 volumes a été publié entre 1879 et 1882 par l’éditeur Frigyes Rautmann.

[10] C’est la Société Anonyme d’Imprimerie et d’Edition Pallas (Pallas Irodalmi és Nyomdai Részvénytársaság) fondée en 1884 par Lajos Gerõ qui a publié entre 1893 et 1997 les seize tomes de grande taille du Gand Dictionnaire Pallas. Les tomes de cette collection étaient beaucoup plus volumineux que ceux du grand dictionnaire hongrois.

[11]Composée de 20 volumes comprenant au total 17.000 pages et 113 millions de caractÀres, c’est ´ partir de l’année 1910 qu’ont paru les tomes successifs du Grand Dictionnaire Révai. Les 14 premiers volumes ont été publiés jusqu’au mois de mai de l’année 1916, tandis que les volumes 15-19 ont paru entre 1920 et 1926.

[12]Avec les quelques pages insérées ´ la fin du volume No 19, le volume supplémentaire édité en 1927, c’est-´-dire le volume No 20 comporte au total  940 pages, tandis que le volume supplémentaire édité en 1935 a 856 pages.

[13]Cependant le Nouveau Dictionnaire Révai n’est pas devenu un usuel de référence jouissant d’une reconnaissance scientifique. 

[14]Plusieurs dictionnaires de faible volume consacrés aux personnes contemporaines, tels qu’un  Who’s who  (Ki kicsoda) ou le Dictionnaire de la Société Hongroise (A Magyar Társadalom Lexikonja) ont été édité ´ partir des années vingt. Un ouvrage spécialement consacré aux personnalités hongroises contemporaines vivant  au-del´ des frontiÀres du pays a égalament vu le jour.

[15]Le dictionnaire élaboré sous la direction de Péter Újvári a été réédité sous forme de fac simile durant les années 1990. C’est l’auteur de ces lignes qui a entrepris au début des années 2000 l’élaboration de la version digitalisée de cet ouvrage et depuis quelque temps celle-ci est disponible sur les site http://www.zsidlex.extra.hu ainsi que sur le site de la BibliothÀque Electronique Hongroise (Magyar Elektronikus Könyvtár).

[16] Le dictionnaire biographique en deux tomes dont les travaux avaient été terminés ´ la fin des années 1960 a été complété dix ans plus tard d’un tome supplémentaire, ce dont il a résulté que le volume total de l’œuvre a atteint les 150 % du volume original, puis aprÀs le changement de régime un nouveau tome supplémentaire aussi volumineux a également vu le jour, ainsi désormais nous avons affaire ´ 3500 pages de dictionnaire.

 

[17] Elaborée sous la direction de József Szinyei, la collection intitulée « Vie et travaux des écrivains hongrois » (A magyar írók élete és munkái) comprend en principe la biographie de tous les auteurs, et ceci jusqu’au début du vingtiÀme siÀcle dans les cas des premiers tomes de l’ouvrage et jusqu’´ la Grande Guerre dans le cas des derniers tomes. Le dictionnaire du mÃme nom de Pál Gulyás a repris et largement complété ce travail en y ajoutant des personnes apparues ultérieurement et en prolongeant des biographies déj´ existantes, et ceci jusqu’´  la fin des années 1930, date ´ laquelle ont été publié les premiers tomes de son ouvrage. Les parties restées en manuscrit font de nos jours l’objet de publications réguliÀres, et dans le cas de celles-ci les biographies couvrent des périodes beaucoup plus récentes aussi.

[18] Les tableaux et les études statistiques les plus importants pourront Ãtre consultés sur les sites suivants :  http://wesley.extra.hu et  http://nagypetertibor.uni.hu .

[19] Opérationnellement parlant,  nous avons décidé d’inclure dans notre échantillon des personnes nées aprÀs 1750.